L’exercice isolé : la pratique individuelle à l’épreuve des défis contemporains
L’exercice isolé désigne une organisation où le professionnel (médecin généraliste, infirmier, masseur-kinésithérapeute, etc.) travaille seul, dans un local lui appartenant ou en location, assure l’ensemble de ses activités (soins, gestion administrative, organisation de l’agenda) et prend seul les décisions relatives à sa pratique. En 2018, près de 60 % des médecins généralistes libéraux exerçaient encore en solo, selon la DREES (Rapport DREES 2018), même si ce chiffre est en baisse constante.
- Avantages : autonomie totale, liberté d’organisation, proximité avec la patientèle historique.
- Limites : isolement professionnel, charge administrative élevée, difficulté de conciliation vie pro/vie perso, vulnérabilité face à l’absentéisme, moindre attractivité pour les jeunes générations.
L’exercice isolé reste associé à une image « traditionnelle » de la médecine, mais il expose à une charge parfois difficilement soutenable et limite les possibilités d’innovation organisationnelle.
L’exercice regroupé : mutualiser des moyens, pas nécessairement des pratiques
L’exercice regroupé décrit toute configuration où plusieurs professionnels (souvent de la même profession, mais pas toujours) partagent des locaux, du matériel, parfois des secrétariats et des services communs. Il s'agit par exemple des cabinets de groupe ou des maisons médicales classiques. Le regroupement peut concerner uniquement des médecins, ou inclure d’autres professionnels paramédicaux.
- Avantages : partage des charges, complémentarité des horaires (permanence des soins facilitée), possibilité d’échanges ponctuels sur les pratiques, meilleure attractivité.
- Limites : le regroupement ne garantit pas la coordination des soins ni le partage systématisé d’informations ; chacun conserve la gestion de « son » patient.
Selon l’IRDES (QES 237, janvier 2019), 57% des médecins libéraux exerçaient en cabinet de groupe au sens large (regroupé ou coordonné), mais « seulement » un tiers en structures pleinement coordonnées type maisons de santé.
L’exercice coordonné : la dynamique collective structurée
L’exercice coordonné est la forme la plus structurée et collaborative. Il repose sur un projet de santé commun, partagé entre différentes professions de santé (médecins, infirmiers, sages-femmes, pharmaciens, coordinateurs, etc.), et souvent sur une organisation « institutionnalisée » (maisons de santé pluriprofessionnelles – MSP, centres de santé, équipes de soins primaires, communautés professionnelles territoriales de santé – CPTS).
- Avantages : coordination des prises en charge, protocoles partagés, accès facilité à de nouveaux services (prévention, éducation thérapeutique, parcours patients complexes), soutien administratif et informatique, meilleure continuité des soins.
- Limites : besoin d’une forte implication collective, temps dédié non rémunéré à la coordination, complexité administrative (notamment en phase de création), nécessité d’un pilotage.
En 2023, la France dénombrait plus de 1800 maisons de santé pluriprofessionnelles (HAS, Rapport MSP 2023), un chiffre multiplié par dix en dix ans. Plusieurs dispositifs favorisant la coordination sont portés par l’Assurance maladie et l’État : Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI), incitations financières, aides à l’installation.