Le rôle pivot des infirmiers et professions paramédicales dans le parcours de soins territorial

25 juillet 2025

Paramédicaux : un maillon robuste du parcours de soins local

En France, plus de 730 000 infirmiers exercent en 2022, dont près de 660 000 en activité régulière (chiffres DREES, édition 2024). Aux côtés des infirmiers, l’écosystème paramédical rassemble kinésithérapeutes, orthophonistes, ergothérapeutes, orthoptistes, podologues, psychomotriciens, diététiciens ou encore aides-soignants, soit plus de 300 000 professionnels supplémentaires. Leur ancrage territorial, notamment en zone rurale et dans les quartiers prioritaires, en fait des points d’entrée essentiels pour les patients éloignés des structures hospitalières ou des cabinets médicaux.

  • Répartis sur l’ensemble du territoire, ces professionnels constituent souvent la première interface de soin en proximité, réduisant les inégalités d’accès et fluidifiant l’orientation dans le parcours de santé (source : Ministère de la Santé, Atlas des professions de santé 2023).
  • 94 % des infirmiers diplômés d’État exercent en contact direct avec la population (DREES, 2022), essentiellement dans les secteurs ambulatoires, hospitaliers ou médico-sociaux.

Des missions en évolution : prévention, soins, coordination

Les transformations réglementaires et organisationnelles des dernières années ont approfondi le champ d’action des paramédicaux.

Prévention et éducation à la santé :

  • Les infirmiers ont un rôle renforcé dans la vaccination, la surveillance des pathologies chroniques, mais aussi la détection précoce de fragilités (programme ICOPE pour les seniors de l’OMS, expérimenté dans plusieurs départements français).
  • Les masseurs-kinésithérapeutes animent des actions collectives de prévention, notamment auprès des personnes âgées autour du maintien de la mobilité et de la prévention des chutes.
  • Les orthophonistes interviennent précocement en crèche ou à l’école pour repérer les troubles du langage, détectant ainsi certains troubles neurodéveloppementaux en amont d’une prise en charge médicale (données FNO).

Soins techniques et suivi de pathologies chroniques :

  • Les infirmiers libéraux réalisent plus de 820 millions d’actes remboursés annuellement (Assurance Maladie, statistiques 2023) : soins d’hygiène, pansements complexes, perfusions, éducation thérapeutique.
  • La prise en charge à domicile se structure, par exemple via l’Hospitalisation À Domicile (HAD), où la coordination avec les autres paramédicaux est capitale pour éviter l’hospitalisation.

Coordination et structuration du parcours :

  • La création de protocoles de coopération interprofessionnels (article 51 de la loi HPST) donne aux paramédicaux un champ d’action élargi : suivi de patients chroniques, adaptation de traitements, surveillance à distance.
  • La montée en puissance des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) et des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) offre un terrain d’expérimentation. En MSP, 60% des patients chroniques bénéficient d’une coordination paramédicale régulière (Obsan, 2022).

Au cœur des CPTS et des soins primaires : des pratiques renouvelées

Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé, impulsées par la loi de modernisation de notre système de santé (2016), constituent un terreau pour les coopérations entre praticiens. Les infirmiers et paramédicaux y tiennent des rôles moteurs, tant en animation qu’en coordination.

  • Dans plus de 1300 CPTS en activité fin 2023 (DGOS), des infirmiers référents prennent en charge la coordination des soins non programmés, particulier chez les patients polypathologiques ou vieillissants.
  • Des permanences téléphoniques paramédicales sont mises en place pour désengorger les urgences (exemple : CPTS du Pays Foyen en Gironde, mise en fonction d’une ligne d’écoute avec orientation directe des appels paramédicaux).
  • Des groupes de travail associant infirmiers, pharmaciens, kinés et médecins œuvrent sur l’amélioration des parcours diabète, insuffisance cardiaque ou encore suite de cancer, avec des protocoles mutualisés.

Des innovations organisationnelles adaptées aux besoins locaux

La plasticité du tissu paramédical favorise l’expérimentation locale et la création de nouveaux modes de prise en charge répondant à des besoins spécifiques.

  • Infirmiers en pratique avancée (IPA) : 2800 infirmiers formés fin 2023 (source : Ordre national des infirmiers), présents en centres de santé ou établissements de soins primaires, interviennent dans le suivi du diabète, l’oncologie, la psychiatrie, la gériatrie. Ils prennent en charge des patientèles stabilisées, dans le cadre de protocoles partagés avec les médecins.
  • Infirmiers Asalée : Le dispositif "Action de Santé Libérale en Équipe" permet à près de 1200 infirmiers de réaliser des consultations d’éducation thérapeutique dans plus de 800 maisons de santé, souvent auprès de patients diabétiques, insuffisants respiratoires ou porteurs de facteurs de risque cardiovasculaire (source : Fédération nationale Asalée, 2023).
  • Télésoin : Le recours au télésoin paramédical (téléorthophonie, téléconsultation infirmière) a connu une multiplication par dix depuis le début de la crise sanitaire Covid-19. Certaines régions à faible densité médicale (ex : Auvergne ou Gers) recourent massivement à la coordination en visioconférence pour l’accompagnement des personnes âgées isolées.

Quelques exemples d’initiatives territoriales remarquables

  • Dans le Nord-Isère, la CPTS Vallée de la Bourbre expérimente la prise en charge coordonnée de patients en sortie d’hospitalisation : l’infirmier référent fait le lien entre médecins, prestataires à domicile, pharmaciens, kinés, à l’aide d’une plateforme numérique de suivi commune. Résultat après un an : moins 23 % de réhospitalisations évitables dans la population concernée (source : ARS Auvergne-Rhône-Alpes, bilan 2023).
  • Dans la Haute-Vienne, des orthophonistes, ergothérapeutes et psychologues scolaires collaborent chaque trimestre avec des médecins généralistes pour repérer précocement les troubles du développement, accélérant les parcours de rééducation et réduisant les délais d’attente.
  • Les marches exploratoires paramédicales menées dans certains quartiers prioritaires des métropoles (Montpellier, Lille) permettent d’identifier, avec les habitants, les freins à l’accès aux soins et d’adapter les actions de santé de proximité.

Les enjeux et défis à venir pour une coopération paramédicale renforcée

  • Démographie et attractivité : la densité paramédicale reste hétérogène. Le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté et les DROM font face à des tensions d’effectifs. Renforcer l’attractivité nécessite une valorisation des métiers et de leurs nouveaux champs d’action (rapport IGAS, 2023).
  • Reconnaissance statutaire et formation : le développement des compétences (pratique avancée, télésoin, nouvelles missions de prévention) implique une adaptation des cursus et une reconnaissance statutaire adaptée, sujet d’actualité porté en 2024 par plusieurs syndicats professionnels.
  • Interopérabilité numérique : l’accès partagé à l’information – via la e-prescription ou le Dossier Médical Partagé – reste à consolider pour éviter les ruptures de parcours, notamment dans les pathologies chroniques et la dépendance.
  • Évaluation des initiatives locales : la montée en charge des CPTS doit s’accompagner d’indicateurs robustes pour mesurer l’impact des innovations paramédicales sur les parcours (source : Haute Autorité de Santé, cahier des charges CPTS 2024).

Ambitions collectives et perspectives d’avenir

L’intégration renforcée des infirmiers et des professions paramédicales au cœur des parcours de soins locaux s’impose comme une réponse pragmatique aux défis de la démographie médicale, du vieillissement et de la polypathologie. Sur les territoires, leur proximité, leur expertise et leur adaptabilité facilitent le développement de parcours plus préventifs, personnalisés et coordonnés.

Le renouvellement continu de ces pratiques organisationnelles – qu’il s’agisse d’IPA, de dispositifs Asalée, de CPTS actives ou de trajectoires de soins numériques – révèle la capacité d’innovation d’un secteur souvent précurseur dans la prise en charge effective des besoins locaux. Ces dynamiques offrent de véritables leviers pour repenser la cohérence entre politiques nationales et réalités territoriales, avec, in fine, la reconnaissance du soin paramédical comme pilier du système de santé de proximité.

Pour suivre ces évolutions, renforcer les passerelles entre acteurs et documenter les impacts des innovations, la mobilisation collective reste un enjeu central : celui d’une santé locale à hauteur de territoires, portée par l’engagement au quotidien des paramédicaux.

  • Sources principales : DREES, Assurance Maladie, DGOS, Fédération Asalée, Ministère de la santé, HAS, Obsan, IGAS, FNO.