1. Co-construction des projets territoriaux de santé
De nombreuses structures, en particulier les CPTS et MSP, intègrent les kinés dès la phase de diagnostic territorial et l’élaboration du projet de santé local. Leur connaissance du terrain, leur lien étroit avec les patients dépendants ou chroniques et leur expertise dans le suivi à domicile sont des atouts précieux pour repérer les besoins non couverts ou adapter l’offre à l’évolution du territoire.
À titre d’illustration, sur la CPTS « Brière Presqu’île » (Loire-Atlantique), des kinés volontaires ont participé à la conception d’une expérimentation de prévention des chutes à domicile, en lien avec les infirmiers et les ergothérapeutes. Ce type d’implication permet aussi de repérer les situations à risque d’isolement ou de rupture dans les parcours de soins.
2. Communication et partage d’information structurée
Les outils numériques sont un support indispensable de la coordination. Depuis l’accélération du déploiement des messageries sécurisées de santé, les kinés sont intégrés dans le partage d’informations cliniques, l’échange autour de plans personnalisés, ou la préparation de réunions de concertation pluridisciplinaire.
- L’application « MonSisra » en Auvergne-Rhône-Alpes permet par exemple aux kinés concernés d’accéder au dossier de coordination d’un patient en retour d’hospitalisation, facilitant ainsi l’anticipation des soins à domicile.
- Dans certaines CPTS, un référent kinésithérapeute peut être sollicité par d’autres praticiens pour discuter d’une situation complexe ou orienter un patient vers une prise en charge spécifique (notamment en cancérologie, soins palliatifs ou affections neurologiques).
3. Actions collectives de prévention et d’éducation à la santé
La collaboration kiné-coordination territoriale s’exprime aussi par le montage d’actions collectives : ateliers d’équilibre, séances d’activité physique adaptée, interventions dans les écoles ou les EHPAD, campagnes de sensibilisation aux troubles musculo-squelettiques… Les structures coordinatrices identifient les besoins prioritaires, mobilisent les professionnels, assurent le lien avec les partenaires institutionnels et pilotent l’évaluation.
Par exemple, la MSP de Segré (Maine-et-Loire) organise chaque année un cycle de prévention des chutes auprès des seniors, associant systématiquement des kinés à la conception et l’animation des séances. La dimension territoriale permet d’essaimer ce type d’initiative à plus grande échelle.
4. Appui à la gestion des parcours complexes
Les DAC (anciens dispositifs MAIA), mais aussi les CPTS, sollicitent les kinés dans la coconstruction des plans de soins pour des patients cumulatifs (polypathologies, retour à domicile complexe, dépendance). Leur présence en tant que membres à part entière des concertations pluridisciplinaires favorise une meilleure anticipation des ruptures de parcours et une continuité du suivi rééducatif, particulièrement entre ville et hôpital.
Selon une enquête du Collège de la Médecine Générale menée en 2022, 78 % des généralistes affirment avoir identifié des bénéfices majeurs à l’intégration d’un kinésithérapeute référent en coordination (CMG, 2022).
5. Participation à l’innovation organisationnelle
La structuration des soins de premier recours s’accompagne d’expérimentations organisationnelles : consultations avancées, télé-expertise, délégation de tâches (par exemple, réalisation de bilans par le kiné pour faciliter l’accès aux soins suite à un accident vasculaire cérébral), interventions à domicile coordonnées avec les infirmiers et les services d’aide.
| Expérimentation |
Objectif |
Structure pilote |
| Bilan initial kiné en accès direct |
Réduire les délais d’évaluation pour les troubles de la mobilité |
CPTS du Grand Angoulême |
| Parcours « Préhabilitation » pré-opératoire |
Optimiser la préparation des patients à la chirurgie (cancer, orthopédie) |
Pilotage par DAC Nouvelle-Aquitaine |
| Actes de télérééducation coordonnés |
Maintenir le suivi à distance en période de crise sanitaire et en zones sous dotées |
MSP rurales du Cher |
Ces projets, souvent soutenus par les ARS (Agences Régionales de Santé), s’appuient sur l’ancrage territorial des kinés et la mutualisation des compétences au sein des réseaux de coordination.