Professions paramédicales : leviers clés de l’organisation des soins de proximité sur les territoires

5 décembre 2025

Comprendre la diversité paramédicale : un panorama des métiers et de leurs missions

Le paysage des professions paramédicales s’est substantiellement étoffé au fil des décennies, redéfinissant les contours des soins de premier recours. On y retrouve aujourd’hui plus de 30 métiers réunissant près de 2 millions de professionnels en France, selon la DREES (DREES, 2023). Parmi eux, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, sages-femmes, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthoptistes, podologues, ainsi que les auxiliaires médicaux spécialisés interviennent dans des champs allant du soin technique à l’éducation thérapeutique, en passant par la coordination des parcours.

  • Infirmiers diplômés d’État (IDE) : près de 740 000, dont plus de 130 000 exercent en libéral. Au cœur des soins à domicile, suivis infirmiers dans les structures de ville, et activités de prévention.
  • Masseurs-kinésithérapeutes : 99 925 professionnels (données 2023), engagés dans la rééducation, la réadaptation et la prévention.
  • Orthophonistes : environ 27 500 (données ONP, 2022), essentiels pour le dépistage, l’accompagnement et la rééducation des troubles du langage.
  • Sages-femmes : 24 000 exerçant la plupart dans le secteur libéral ou en PMI.

L’essor de ces professions s’inscrit dans une logique de complémentarité avec la médecine générale, s’adaptant à des besoins croissants de prise en charge globale, d’éducation à la santé et d’accompagnement des maladies chroniques.

Des acteurs essentiels des soins de proximité : place et missions dans les territoires

Les professions paramédicales contribuent à incarner la promesse des soins de proximité. Sur le terrain, elles sont souvent le premier accès aux soins pour les usagers, offrent un suivi continu dans la durée, et pallient des carences médicales localement marquées.

Accessibilité et premier recours

  • Accessible sans prescription : Depuis 2022, la vaccination contre la grippe et le Covid-19 par les infirmiers, les pharmaciens et les sages-femmes illustre un élargissement des prérogatives paramédicales pour répondre à l’urgence de santé publique et améliorer l’accès aux soins.
  • Soutien dans les déserts médicaux : Face à la densité médicale décroissante (avec environ 6% des Français vivant dans un désert médical, selon la DREES), les professions paramédicales sont devenues le premier point de contact dans de nombreux territoires ruraux ou périurbains.

Leur formation à l’approche globale centrée sur la personne favorise la prise en charge de multiples aspects – prévention, soins, suivi social – tout en tissant des liens de confiance, parfois sur plusieurs années avec les familles.

Prévention et éducation en santé

Au-delà du soin pur, l’action paramédicale s’exprime dans la prévention :

  • Éducation thérapeutique : Infirmiers, diététiciens, kinésithérapeutes accompagnent les personnes atteintes de maladies chroniques pour comprendre leur pathologie et acquérir les gestes du quotidien (ex : programmes d’éducation au diabète animés par des équipes pluriprofessionnelles en maison de santé).
  • Actions collectives : Des campagnes menées dans les écoles, les structures sociales, les Ehpad ou en entreprise (prévention des troubles musculosquelettiques par les kinés par exemple).

Des dynamiques territoriales en pleine transformation : coopérations et nouvelles pratiques organisationnelles

Les évolutions réglementaires récentes – lois HPST, Ma Santé 2022, Ségur de la santé – couplées à la montée des structures interprofessionnelles (Maisons de santé pluriprofessionnelles, CPTS, équipes de soins primaires…) favorisent l’intégration des professions paramédicales dans une logique de coordination renforcée.

Entrée dans la coordination des parcours

  • Participation à la gouvernance : Les infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, ou orthophonistes siègent de plus en plus dans les conseils d’administration ou les bureaux des structures territoriales (retour d’expérience, Fédération française des maisons et pôles de santé – FFMPS, 2023).
  • Réunion de concertation pluriprofessionnelle : Participation active aux synthèses de cas complexes (patients polypathologiques, situations sociales précaires…), avec un apport précieux sur les aspects pratiques et la connaissance de la vie à domicile.

Exemples d’innovations organisationnelles sur les territoires

  • Nouvelles délégations de tâches : Expérimentations type « Article 51 » (ARS Nouvelle-Aquitaine, Bretagne…) avec la délégation de la gestion de la tension artérielle par les infirmiers, ou adaptation de traitements par les kinésithérapeutes et les pharmaciens.
  • Interventions coordonnées de l’ambulatoire à domicile : Déploiement de plateformes territoriales d’appui (PTA) où les IDE coordinateurs assurent la fluidité du parcours pour retarder les hospitalisations inutiles (source : ANAP).
  • Missions d’aller-vers : Projet « Infirmières itinérantes » en Lozère ou dans les quartiers prioritaires, facilitant la visite et le repérage précoce de fragilité auprès des personnes isolées (voir : Préfecture de Lozère).

Chiffres clés sur la place des professions paramédicales dans l’organisation des soins

Métier Nombre de professionnels (2023) Proportion en ville Compétences élargies récentes
Infirmiers ~740 000 ~130 000 libéraux Vaccination, prescription de dispositifs médicaux, protocoles nationaux (ex : cystites)
Masseurs-kinésithérapeutes 99 925 80% libéraux Renouvellement d’ordonnances, accès direct expérimental
Orthophonistes 27 500 90% libéraux Bilan initial, orientation scolaire
Sages-femmes 24 000 66% libérales Suivi gynécologique de prévention

Sources : DREES, ONP, ordre national des différents métiers

Obstacles persistants et pistes d’évolution

Malgré cette montée en compétences, la place des professions paramédicales peut se heurter à certains freins réglementaires, culturels et organisationnels :

  • Ségrégation des métiers : Logiques de cloisonnement et de hiérarchie persistantes, qui freinent l’exercice coordonné et la fluidité de l’information.
  • Lenteur des évolutions législatives : Les protocoles de coopération, pourtant inscrits dans la loi HPST de 2009, connaissent une appropriation inégale sur le terrain.
  • Manque de reconnaissance et de structuration territoriale : Les CPTS incluent encore rarement des paramédicaux dans leurs postes de coordination, et le décloisonnement avec le secteur social et médico-social débutent à peine.
  • Désertification : Les territoires particulièrement fragiles voient les effectifs de paramédicaux décroître, parfois au même rythme que ceux des médecins.

À l’opposé, des dynamiques locales engagent des alternatives : mutualisation des moyens administratifs dans les MSP rurales, systèmes de tutorat pour jeunes diplômés dans les zones sous-denses, recours accru au numérique (ex : télésoin déployé durant la crise Covid) afin de maintenir le lien.

Territoires et innovations : mutations en marche

Des initiatives locales dessinent d’ores et déjà d’autres façons de penser l’organisation des soins de premier recours :

  • Télésoin et prise en charge à distance : De 2019 à 2022, plus de 1 100 000 actes de télésoin ont été réalisés par les professions paramédicales (rapport Assurance Maladie, 2023), majoritairement en orthophonie, mais également en kinésithérapie ou en pharmacie.
  • Réseaux thématiques territoriaux : Déploiement de réseaux spécialisés sur la prise en charge de la plaie ou de la douleur chroniques, portés par des IDE formés, en lien avec l’hospitalisation à domicile ou les spécialistes hospitaliers.
  • Pairs-aidance et médiation en santé : Inclusion de professionnels paramédicaux dans des dispositifs d’accompagnement de populations vulnérables, par exemple dans les dispositifs d’appui en santé mentale ou dans la médiation en santé scolaire.

La dynamique territoriale autour des professions paramédicales s’affirme ainsi comme l’un des principaux moteurs de l’adaptation du système de santé. L’évolution des métiers, la création de nouvelles synergies interprofessionnelles, l’émergence d’outils numériques et de dispositifs d’aller-vers participent à une profonde transformation, répondant de manière adaptée et inventive aux inégalités de santé entre les territoires.

Vers une cartographie renouvelée des soins de premier recours

Le déplacement progressif des frontières entre les disciplines, la montée des pratiques coordonnées et l’expérimentation organisationnelle à l’échelle locale laissent entrevoir de nouvelles modalités de réponse aux enjeux d’accès, de qualité et de pertinence des soins. Les professions paramédicales, de plus en plus visibles et actrices du changement, sont ainsi appelées à occuper une position stratégique aux côtés des médecins généralistes, des pharmaciens, des travailleurs sociaux et des collectivités locales.

La reconnaissance de leur rôle devra s’accompagner d’un soutien fort à l’innovation locale, d’une meilleure adéquation formation-terrain, et d’une implication grandissante dans la structuration des territoires de santé. Les prochaines années seront décisives pour renforcer ce mouvement, et rendre possible une organisation durable, solidaire et efficiente des soins de premier recours partout en France.