Sages-femmes : une force motrice de la santé sexuelle et reproductive en premier recours

10 mars 2026

Un panorama renouvelé des missions des sages-femmes

Longtemps associées à l’accompagnement de la grossesse et à l’accouchement, les sages-femmes ont vu leur périmètre d’action s’élargir considérablement au rythme des réformes et des besoins. En France, leur rôle au sein du système de santé de premier recours s’affirme : information, prévention, diagnostic, suivi et prise en charge en santé sexuelle et reproductive (SSR), bien au-delà du seul champ périnatal.

Tous les publics sont concernés. Leur expertise couvre désormais le suivi gynécologique de prévention, la prescription de moyens contraceptifs, la prévention et le dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), le suivi des interruptions volontaires de grossesse (IVG), mais aussi la santé sexuelle globale au fil des âges et des situations. L’extension de leurs compétences correspond à la fois à une évolution sociétale et à une nécessité organisationnelle, dans un contexte où l’accès à la SSR demeure inégal selon les territoires.

Des besoins croissants en santé sexuelle et reproductive

En France, 8,6 millions de femmes sont en âge de procréer (INSEE, 2022), et 2,6 millions d’entre elles bénéficient chaque année d’un suivi gynécologique (Assurance Maladie). Malgré l’existence d’un maillage important de professionnels, près de 6 % des femmes ayant besoin d’un suivi déclarent avoir des difficultés à obtenir un rendez-vous en raison de délais ou d’éloignement (DREES, 2023).

La France fait également face à une stagnation, voire une augmentation, de certaines IST (chlamydia, syphilis, gonocoques selon Santé publique France), tandis que la moitié des IVG concerne des femmes non suivies au préalable dans des parcours coordonnés. Ces chiffres soulignent la nécessité d’élargir l’offre de premier recours et d’assurer l’équité d’accès à la SSR.

Un accès facilité à la SSR via les sages-femmes

En France, plus de 25 000 sages-femmes sont en exercice (Ordre des sages-femmes, 2023), dont 6 000 en libéral. Leur capacité à accueillir rapidement les patientes, notamment là où l’offre de gynécologie médicale diminue, représente un atout majeur pour le système de soins.

  • Consultation gynécologique de prévention : Depuis 2009, les sages-femmes peuvent assurer le suivi gynécologique auprès des femmes en bonne santé, de la puberté à la ménopause (prescription de contraception, dépistage du cancer du col, examen clinique de seins, etc.).
  • Prescription et pose de contraceptifs : Leur champ a été élargi avec la prescription de tous les moyens contraceptifs, y compris les dispositifs intra-utérins (DIU) et implants.
  • Prise en charge de l’IVG médicamenteuse : Depuis 2016, elles peuvent réaliser l’IVG par voie médicamenteuse, en ville et en établissement de santé.
  • Dépistage des IST et prévention : Les sages-femmes prescrivent et réalisent les tests, assurent la vaccination contre le HPV et orientent si besoin vers des spécialistes.

Cette diversification des actes place les sages-femmes au centre du suivi de la SSR de premier recours, notamment pour les patientes jeunes, les personnes en situation de précarité, ou celles résidant dans des déserts médicaux.

Des dynamiques territoriales qui rééquilibrent l’accès aux soins

Les évolutions statutaires prennent tout leur sens à l’échelle territoriale, là où la présence de sages-femmes libérales ou salariées compense parfois la raréfaction d’autres professionnels, en particulier en zones rurales ou périurbaines. Plusieurs dynamiques remarquables sont à souligner :

  • Déploiement en maisons et centres de santé : Les équipes de sages-femmes intégrées en MSP (maison de santé pluriprofessionnelle), centres de santé, voire dans les maisons des adolescents, favorisent l’organisation de campagnes de dépistages, d’ateliers d’éducation à la santé sexuelle, ou de consultations sans rendez-vous.
  • Initiatives mobiles et prévention « hors les murs » : Dans certaines régions, des consultations mobiles (camions aménagés, permanences dans les lycées, accès en centres sociaux) créent de nouveaux points d’accès à la SSR. Par exemple, le Bus Santé Femmes déployé en Seine-Saint-Denis propose informations, dépistages, et distribution de moyens de contraception (Département de Seine-Saint-Denis).
  • Places fortes de l’éducation à la sexualité : De nombreux projets territoriaux, portés par des sages-femmes (CPTS, contrats locaux de santé), articulent ateliers en établissement scolaire et suivis individuels, favorisant un continuum entre prévention et accompagnement.

Regards sur quelques initiatives locales

Initiative Zone Spécificité
Consultations Energie Jeunes Plateforme CPTS dans le Nord Consultation sans rendez-vous, prévention VIH / IST, diffusion de moyens de contraception
Maison des Femmes Bobigny (Ile-de-France) Parcours SSR pour femmes en situation de vulnérabilité, accompagnement global et consultations
Dispositif « Sages-femmes en mobilité » Côtes d’Armor Suivi gynécologique de prévention en zone rurale, intervention à domicile ou dans des tiers-lieux

Pratiques interprofessionnelles et coopérations étendues

La place croissante des sages-femmes en premier recours s’inscrit dans une logique de coopération et d’interprofessionnalité. Leur complémentarité avec les médecins généralistes, pharmaciens, infirmiers et psychologues se traduit sur le terrain par plusieurs formes de collaboration :

  • Parcours coordonnés : Dans de nombreux territoires, le suivi gynécologique, la prise en charge d’une suspicion d’IST ou d’IVG s’articule avec la médecine générale et les réseaux hospitaliers, fluidifiant les orientations et limitant les ruptures de parcours.
  • Participation aux équipes de santé sexuelle : De nouveaux dispositifs voient le jour, pilotés par des structures comme le Planning Familial, où médecins, sages-femmes et travailleurs sociaux assurent ensemble des permanences de santé sexuelle à destination des plus vulnérables.
  • Formation et transmission de compétences : Les sages-femmes jouent également un rôle dans la formation des pairs (infirmières scolaires, éducateurs), créant des relais au plus près des bénéficiaires.

Des enjeux d’accessibilité et de reconnaissance persistants

Malgré ces évolutions, des freins subsistent :

  • L'information du public sur les compétences des sages-femmes reste perfectible : selon un sondage IPSOS/ANESF 2021, moins de 30 % des femmes interrogées savent qu'une sage-femme peut assurer leur suivi gynécologique tout au long de la vie.
  • Des barrières organisationnelles et administratives subsistent pour étendre certains actes (dépistage du cancer du sein, prescription de traitements pour d’autres pathologies, accès élargi à la e-santé).
  • La répartition territoriale demeure inégale, avec de fortes disparités entre départements.
  • Les données sur la santé sexuelle sont souvent fragmentées, rendant l’évaluation des actions de terrain difficile.

Des leviers apparaissent toutefois : la récente Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS 2022) étend le champ des interventions des sages-femmes, notamment dans le dépistage des IST ou l’accès des adolescents à la contraception.

Perspectives pour la santé territoriale : quelles alliances renforcer ?

Au-delà des prérogatives juridiques ou des avancées réglementaires, la réussite d’une SSR de proximité réside autant dans la valorisation des compétences des sages-femmes que dans le développement d’alliances entre acteurs locaux. Plusieurs axes émergent :

  • Renforcer la communication sur le rôle des sages-femmes auprès du grand public, en s’appuyant sur les collectivités et réseaux de santé.
  • Favoriser l’implantation de sages-femmes en zone fragile via des incitations territoriales, des dispositifs d’installation et des partenariats avec les collectivités locales.
  • Poursuivre l’évolution des formations initiales et continues pour accompagner la diversification des missions et la coopération interprofessionnelle.
  • Évaluer et documenter les expérimentations, en particulier celles adressant les populations jeunes, précaires ou éloignées du soin (femmes migrantes, personnes LGBTQI+, etc.).

La dynamique actuelle révèle une tendance de fond : là où les acteurs s’organisent pour décloisonner l’accès à la SSR, les sages-femmes cristallisent des outils efficaces d’action préventive, de proximité et d’équité en santé. Leur engagement, visible dans la diversité des expériences locales, reste au cœur de l’innovation des territoires et des parcours coordonnés.

Pour approfondir la réflexion et suivre l’actualité des initiatives, plusieurs ressources peuvent être consultées :

  • Mission d’évaluation accouchement et périnatalité – HAS
  • Ordre national des sages-femmes – Ordre des sages-femmes
  • Sites des ARS (Agences régionales de santé) et plateformes CPTS sur la santé sexuelle territoriale